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Dimanche 25 Octobre 2020

Salle de Presse

Interviews OIJJ - Jean Schmitz, Expert international sur la justice réparatrice

Friday 5th of December 2014

Dans cet entretien, Jean Schmitz décrit les activités et les projets menés par l’Institut latino-américain des pratiques réparatrices – ILAPR, Instituto Latino Americano de Prácticas Restaurativas – et explique l’importance de propager des méthodes innovatives de justice réparatrice, surtout en Amérique latine. Cette institution dont le siège se trouve à Lima et l’objectif essential est de promouvoir et d’encourager l’apprentissage, la croissance personnelle et la responsabilité sociale tout en mettant l’accent sur les relations humaines et entre citoyens et en croyant à une meilleure qualité de vie, tout comme sur au bien-être émotionnel et au respect des droits des citoyens, utilise une méthodologie se basant sur les pratiques réparatrices. Dans ces quelques lignes, Jean Schmitz parlera, entre autres, des leçons sur les pratiques réparatrices enseignées l’ILAPR et décrira les résultats positifs liés à l’utilisation des pratiques de justice réparatrice, notamment en milieu scolaire, afin de réduire ou de prévenir la violence et la criminalité en donnant aux personnes le sentiment de faire partie d’une communauté au sein de laquelle elles peuvent partager leurs sentiments et leurs idées.


1.- Travaillant depuis plus de 10 ans en Amérique latine dans le secteur des pratiques de justice réparatrices, pourriez-vous partager avec nous les avancées et les progrès enregistrés en matière de mise en œuvre de la justice réparatrice en Amérique latine et centrale ? Quels sont, selon vous, les limites et les principaux enjeux actuels lorsqu’il s´agit de promouvoir cette approche ?

Lorsque la fondation Terre des Hommes commença à promouvoir la justice juvénile réparatrice au Pérou en 2002, et je m’en souviens très bien car j’étais le représentant de cette fondation dans le pays entre 2002 et 2010, ce concept était nouveau et très souvent inconnu. Peu à peu, grâce à un long processus de sensibilisation et de formation des opérateurs sociaux et juridiques, la justice réparatrice commença à gagner du terrain en faisant décliner le modèle rétributif qui s’applique généralement dans ce pays, y compris dans le cas d’infractions commises par un mineur.

Au Pérou, la justice juvénile réparatrice est passée, en cinq ans, d’un projet pilote initial géré par une ONG internationale (la fondation Terre des Hommes) à un programme national dirigé par le Ministère public. Quelle spectaculaire réussite ! Cela signifie que la justice réparatrice a réussi à être considérée aujourd´hui comme une politique publique au Pérou.

Toutefois, nous sommes toujours loin de pouvoir affirmer qu’au Pérou et dans les autres pays latino-américains on ait réussi à introduire complètement une justice réparatrice. Selon McCold & Wachtel (2003), lorsque la justice pénale implique uniquement l’une des parties intéressées, comme c’est le cas lors d’une compensation financière accordée par le gouvernement à la victime ou lors d’une prestation de service communautaire imposée à l’agresseur, on peut uniquement qualifier ce processus de partiellement réparateur. Lorsqu’une procédure comme la médiation entre la victime et l’agresseur inclut deux des principales parties intéressées mais exclut ses communautés affectives, le processus peut être considéré comme principalement réparateur. Il n’y a de processus complètement réparateur que lorsque les trois principales parties intéressées sont activement concernées, comme cela est le cas lors de réunions ou de cercles réparateurs. Il faut reconnaître qu’il existe encore peu d’expériences complètement réparatrices. La majorité des expériences existantes sont partialement ou principalement réparatrices.

2.-En juin 2013 s’est déroulée à Bali la Consultation internationale d’experts sur la justice juvénile réparatrice. Cette rencontre a aboutit à la rédaction du document intitulé Promouvoir la justice juvénile réparatrice(2013), lequel traite du concept de justice réparatrice ainsi que de ses bienfaits et formule également des propositions. Quelle est votre opinion quant aux résultats de cette Consultation internationale d’experts et aux résultats exposés dans le document susmentionné ?

La Représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU sur la violence contre les enfants, Marta Santos Pais, en étroite collaboration avec les gouvernements indonésien et norvégien, a organisé cette Consultation internationale d’experts sur le développement et la mise en œuvre de politiques de justice réparatrice adaptées aux enfants à Bali. À cette dernière ont participé des professionnels de différents pays du monde qui ont partagé leurs expériences et bonnes pratiques en la matière et appartenaient tant au secteur public qu’à la société civile (ONG, universités…) de pays comme l’Indonésie, l’Afrique du Sud, l’Irlande du Nord, les Pays-Bas, l’Australie, la Norvège, les Philippines, la Thaïlande, le Brésil et le Pérou. A notamment eu l’honneur de coopérer à cette consultation le docteur Rita Figueroa, Procureure supérieure responsable du Programme national de justice juvénile réparatrice au Pérou, aux côtés de laquelle nous promouvons depuis 2004 l’approche réparatrice dans le système de justice juvénile du pays.

Cette consultation a permis l'échange d'expériences législatives, de politiques et de programmes développés dans les pays où sont actuellement expérimentés des processus de réforme de la loi et un passage du paradigme punitif à un paradigme réparateur respectueux des enfants permettant leur réadaptation et leur réinsertion au niveau communautaire tout en tenant compte des besoins de toutes les personnes touchées par la violation de la loi.

Personnellement, ce que j’apprécie le plus dans cette consultation c’est que cela a permis d’obtenir une vision générale des modèles de justice juvénile réparatrice disponibles et des structures légales qui les soutiennent à un niveau national et communautaire, sans écarter les problèmes et les déficiences qui toujours les accompagnent tout comme les stratégies favorisées pour surmonter ces problèmes . L’avantage de cet événement était sans aucun doute de fournir une liste de recommandations spécifiques, toutes basées sur des expériences réelles, pour construire une politique d’État et soutenir les efforts nationaux développant des programmes de justice réparatrice qui protègent les droits de l’enfant.

Un autre avantage de cette consultation est d'avoir pu décrire en détail les nombreux avantages que représente la mise en œuvre d’un programme de justice juvénile pour les enfants, et pas seulement pour eux, mais également pour tous les acteurs concernés, tels que les victimes, les membres de la famille, les amis, la communauté et la société en général. Enfin, je suis heureux que le Rapport final de la consultation fasse référence à d’importants documents comme la Déclaration de Lima, issue du Premier congrès mondial de justice juvénile restauratrice, qui s'est tenu à Lima, au Pérou, en novembre 2009, ou comme l’Estudio y Análisis sobre Costo/Beneficio Económico y Social de los Modelos de Justicia Juvenil en el Perú (Étude et l'analyse sur le coût/l’avantage économique et social des modèles de justice juvénile au Pérou).

3.- En tant que directeur et coordinateur de l’Institut latino-américain des pratiques réparatrices (ILAPR), pourriez-vous nous expliquer quelles sont les activités et les projets principaux menés par cette institution ? Quel est le lien ou la synergie existant entre votre institut et l’Institut international des pratiques de justice réparatrice ?

L’ Institut latino-américain des pratiques réparatrices (ILAPR) fut fondé début 2011 dans la ville de Lima, capitale du Pérou (pays d’Amérique du Sud) et s’est établi depuis lors comme la filiale latino-américaine de l’Institut international des pratiques de justice réparatrice (IIRP), entité universitaire de troisième cycle qui propose des masters et des cours de pratiques de justice réparatrice sur place, en ligne, ou les deux, et gère de grands projets dans différents pays du monde (SanerSaferSchools, Real Justice…). Vous trouverez des informations plus complètes sur l’IIRP sur : http://www.iirp.edu/graduate-education.php

Notre institut latino-américain coordonne ses actions avec celles du IIRP, contribuant ainsi à la présentation, la diffusion et la mise à jour des connaissances et des bonnes pratiques dans la région latino-américaine, mais aussi à un partage d’expériences, se concentrant principalement sur le domaine de la formation. Nous cherchons à ce que notre travail s’oriente vers la prévention des tensions et des conflits ou, en tant que critère réparateur, vers les systèmes d’administration de la justice, les centres éducatifs, les lieux de travail ou toute autre communauté de base.

Pour le moment, nos principales activités se concentrent sur la formation de professionnels, activistes et dirigeants sociaux aux pratiques de la justice réparatrice, tout comme sur le suivi et l’apport de conseils relatifs aux projets qu’ils mettent en œuvre dans divers domaines, surtout dans les centres éducatifs et au sein du système d’administration de la justice.

4.- Au sein de votre institution commencent à être menées toute une série d’activités de formation, de sensibilisation, sur les pratiques réparatrices, etc. La plupart de ces pratiques sont développées dans un contexte scolaire et communautaire. Pourriez-vous nous expliquer quels ont été les résultats obtenus pendant cette période dans les écoles dans lesquelles ces pratiques ont été mises en place ? Dans quelle mesure pensez-vous que ce type de pratiques a aidé les adolescents et les jeunes ? À quel point ces pratiques ont-elles été efficaces pour empêcher une aggravation des situations de risque d’exclusion et de conflit avec la loi ?

Tout d’abord, j’aimerais profiter de cette question pour faire la distinction entre les termes « pratiques réparatrices » et « justice réparatrice ». Selon Ted Wachtel, Président de l’IIRP (International Institute for Restaurative Practices), les pratiques réparatrices sont une science sociale qui étudie comment générer du capital social et parvenir à une discipline sociale par le biais d’un processus participatif d’apprentissage et de prise de décisions. Leur utilisation aide à réduire la criminalité, la violence et le harcèlement scolaire (bullying), tout comme à renforcer la société civile, à améliorer le comportement humain, à réparer les dommages, à fournir un leadership effectif et à restaurer les relations personnelles et sociales.

La justice réparatrice, en revanche, est considérée comme un sous-groupe de pratiques réparatrices. La justice réparatrice est réactive, se compose de réponses formelles et informelles au crime et à d’autres comportements répréhensibles une fois que ceux-ci sont commis.

Le concept de pratiques réparatrices de l’IIRP comprend l’utilisation de processus informels et formels qui précédent les comportements répréhensibles, lesquels forgent proactivement des relations et créent un sentiment de communauté permettant d’éviter conflits et comportements répréhensibles. Quand le capital social — un réseau de relations — est déjà bien établi, il est plus facile de répondre de manière effective aux actes illicites et de restaurer l’ordre social, tout comme de créer un environnement organisationnel sain et positif.

En utilisant la terminologie du domaine de la santé publique, la justice réparatrice fournit une prévention tertiaire qui s’applique après que le problème soit survenu et vise à éviter la récurrence. Les pratiques réparatrices poursuivent cet effort au moyen de la prévention primaire, qui s’applique antérieurement à l’apparition d’un problème.

Par exemple, dans le cas de la justice pénale, les cercles réparateurs et les réunions réparatrices permettent aux victimes, aux personnes ayant commis une infraction ainsi qu’aux membres de leurs familles respectives et à leurs amis de se réunir pour réfléchir sur la façon dont chacun d’entre eux a été affecté par un délit ou une infraction et, si possible, de décider de la manière de réparer le dommage et de satisfaire ses propres nécessités (McCold, 2003).

Depuis sa création il y a presque trois ans, l’ILAPR a formé plus de 700 enseignants de niveau initial, primaire et secondaire aux pratiques réparatrices, enseignants qui prestent des services dans des écoles publiques et privées de divers pays latino-américains. Cela ne veut pas dire que tous appliquent les pratiques réparatrices qui leur ont été enseignées. On estime que 20 % d’entre eux les utilisent de façon progressive et régulière en classe, principalement par le biais des cercles réparateurs.

Un cercle est une pratique réparatrice multifonctionnelle que l’on peut utiliser soit de manière proactive pour développer des relations et créer une communauté, soit de manière réactive pour répondre aux cas de mauvaise conduite, aux conflits et aux problèmes. Les cercles donnent aux participants la possibilité de parler et de s’écouter les uns les autres, et ce, dans une atmosphère de confiance, de dignité et d’égalité. La méthode du cercle permet aux personnes de relater toutes leurs histoires et d’exposer leurs propres points de vue (Pranis, 2005). De plus, le cercle offre une grande variété de finalités : la résolution de conflits, la guérison, le soutien, la prise de décisions, l’échange d’informations et l’établissement de relations.

En général, les enseignants nous manifestent leur satisfaction par le biais des impressionnants résultats qu’ils obtiennent en utilisant cet instrument avec leurs élèves. Grâce à cette méthode, ils découvrent la possibilité de mettre en place de meilleures relations entre les élèves, entre les élèves et leurs professeurs, mais également entre les professeurs et les parents d’élèves. Les enseignants affirment également percevoir une diminution des conflits et des agressions dans la classe, tout comme une amélioration de la responsabilité personnelle et collective. Le processus de règlement d’un conflit en classe au moyen du cercle devient un apprentissage lors duquel les élèves prennent conscience du fait que leur agression touche d’autres personnes et produits divers dommages desquels ils doivent non seulement assumer la responsabilité, mais ensuite examiner la meilleure façon de les réparer et, dans la mesure du possible, de rétablir les relations brisées par l’agression.

5.- Comment a été accueillie la méthodologie employée dans ce cours de pratiques réparatrices ? Quel type de réponse avez-vous reçu de la part des professionnels ? Et de la part des élèves des centres ? Ces pratiques génèrent-elles la participation juvénile de manière spécifique dans ces lieux ?

La méthodologie des cours de pratiques réparatrices a en général été bien accueillie par les participants pour diverses raisons. Tout d’abord, parce que tout ce que l’on enseigne dans les cours se base sur et est soutenu par des expériences réelles réalisées dans diverses parties du monde : ainsi, partager des exemples de bonnes pratiques et d’initiatives efficaces motive la créativité des participants. Ensuite, car la structure des cours impartis, lesquels équilibrent contenu théorique et pratique, tient compte des connaissances et des expériences des participants et de leur environnement particulier de travail (l’école, le système pénal, la collectivité, etc.) De plus, les cours s’appuient sur un matériel pédagogique bien structuré qui comprend des vidéos, des livres et des articles scientifiques. Par ailleurs, les cours sont très dynamiques et emploient diverses techniques d’enseignement et de réflexion comme les jeux de rôles, les travaux de groupe ou les débats.

Au cours de la formation et par la suite, la majeure partie des professionnels se rendent compte qu’ils sont en quelque sorte déjà en train d’agir, à leur manière, en termes réparateurs sans même en être conscients. Le cours les aident à découvrir, approfondir et élargir leurs connaissances des techniques simples mais efficaces permettant d’établir des relations et des liens entre différents individus, ces derniers apprenant à être respectueux et responsables. Qu’il s’agisse d’enseignants, d’éducateurs, de policiers, de travailleurs de la justice ou autres, les professionnels apprennent à construire une communauté et à promouvoir une meilleure cohabitation sociale en contribuant à éviter ou à réduire les tensions et les conflits potentiels ou réels.

Les enseignants habilités qui ont commencé à appliquer certaines pratiques réparatrices formelles dans leur expérience professionnelle en classe, en particulier les cercles, constatent que leurs élèves aiment beaucoup ce sentiment de participation active, tout comme celui de pouvoir exprimer leurs émotions en groupe, d’échanger des idées et des opinions, de réfléchir sur un sujet ou une problématique et de chercher des solutions, et qu’ils se montrent disposés à se responsabiliser et à réparer un dommage causé à un autre camarade.

L’utilisation fréquente et intentionnelle des pratiques réparatrices formelles et informelles dans les écoles contribue à l’obtention progressive de substantielles modifications positives des attitudes et des comportements des étudiants, ainsi qu’à la création dans la salle de classe d’un environnement sain et sûr dans lequel on encourage le leadership et la responsabilité.

6.- Dans le programme que vous menez, l’accent est mis sur la section portant sur ce qu’on appelle les « zones réparatrices ». Pourriez-vous nous expliquer en quoi consistent exactement ces zones ? D’après-vous, quelles sont les points forts, tout comme les défis et les difficultés de ces zones réparatrices ?

L’idée est très simple et, à dire la vérité, c’est ce qui me motive le plus à en faire la promotion en Amérique latine. Une « zone réparatrice » est un espace pour une meilleure coexistence pacifique, où les autorités, les citoyens et les institutions publiques et privées adoptent une approche de pratiques réparatrices comme politique sociale et l’appliquent à toutes leurs actions et relations de la vie quotidienne.

La philosophie réparatrice se fonde sur la conviction que nous pouvons améliorer la coexistence humaine lorsque les personnes sentent qu’elles font partie d’une communauté et qu’elles peuvent participer aux sujets qui les affectent. Les pratiques réparatrices nous offrent des méthodes de dialogue dont l’efficacité est prouvée ainsi que des moyens de prévenir et de combattre la violence et les conflits en répondant aux nécessités non satisfaites et en garantissant le respect des droits des personnes. Toutes ces méthodes possèdent un effet unificateur dans les communautés.

Y compris dans les groupes ayant un solide sens de la communauté, conflits et tensions émergent occasionnellement. Les pratiques réparatrices fournissent des systèmes permettant de faire face à ces situations par le dialogue. Cette façon de gérer le conflit aide non seulement à les résoudre mais permet également de renforcer les liens entre les personnes et d’améliorer les relations au sein de toute la communauté.

La création d’une « zone réparatrice » nous met devant un défi passionnant. Les pratiques réparatrices se basent sur la conviction que nous avons déjà des professionnels compatissants et compétents, des adultes et des leaders communautaires qui adoptent une approche unifiée et cohérente qui améliore les résultats et la conduite entre enfants, adolescents et jeunes, chez eux ou dans la rue, à l’école et dans tous les milieux de la communauté. Il s’agit par conséquent de partir de ce qui fonctionne déjà dans la communauté pour l’améliorer et le développer de façon à renforcer la cohésion sociale et le sentiment communautaire.

Cette approche est efficace pour prévenir la violence, réduire significativement ses taux, diminuer les tensions et les conflits interpersonnels, de groupe et communautaires tout en promouvant des manières proactives de rétablir les relations. En même temps, cette approche enrichit les connaissances, attitudes, comportements et valeurs tels que le respect, la coopération, l’empathie et la responsabilité, offrant également des possibilités de réparer les dommages causés et, dans la mesure du possible, de rétablir les relations brisées entre les personnes.

L’utilisation régulière et habituelle de la méthode des pratiques réparatrices par les personnes (enfants, adolescents, jeunes, adultes, personnes âgées) et les institutions (lieux de travail, écoles, services, commerces, transports publics, etc.) contribue à la création de communautés sociales plus saines et sûres.

La création d’une « zone réparatrice » est un processus qui se déroule avant tout de manière participative, se décompose en plusieurs étapes et nécessite temps, engagement, financement et surtout volonté politique.

Pour arriver à mettre en place une « zone réparatrice », un important processus de formation et de suivi des pratiques réparatrices est nécessaire dans chacune des institutions où ces pratiques sont introduites, comme dans les écoles, dans les commissariats ou dans tout autre service public

Par exemple, un membre de la sécurité collective ou des forces de police qui surveille un parc ou une infrastructure sportive devrait, au lieu d’expulser les enfants et les jeunes en vue de garantir la tranquillité, interagir avec eux, chercher à forger des liens et à établir un climat de confiance de manière à encourager un changement positif dans leur comportement sans avoir recours à la force. Sa mission devrait être de contrôler (avoir de l’autorité, établir les limites et les attentes), mais en apportant un certain soutien (être amical, motivant, offrir soutien et orientation appropriés, etc.)

À l’école, la mission des enseignants étant d’instruire les élèves et d’accroître leurs capacités, les activités scolaires ou les instructions autoritaires et unidirectionnelles des maîtres d’école ne suffisent pas à y parvenir. Il faut que les enseignants exercent un contrôle (autorité, limites, attentes), mais qu’ils apportent toujours un soutien (qu’ils soient amicaux et motivants et offrent soutien et orientation, etc.) car la réussite scolaire ne dépend pas uniquement des exigences et des obligations mais aussi des liens positifs que le maître tisse avec ses élèves. La réalisation de travaux de groupe et de cercles aide à atteindre cet objectif, tout comme l’utilisation régulière de déclarations et de questions sensibles.

Bien que la prestation de services sociaux, tant publics que privés, ait pour but le bien-être des citoyens (en particulier celui des enfants), la mission des employés de ces services n’est pas seulement de respecter la qualité technique du service assigné mais également de s’inquiéter de la qualité de l’attention accordée à tous leurs usagers.

On peut citer d’autre exemples de différents rôles dans différents domaines (la santé, le commerce, l’environnement), mais dans tous ceux-ci il sera nécessaire de souligner les deux axes de la conduite réparatrice que sont le contrôle et le soutien.

Finalement, la mise en œuvre des pratiques réparatrices dans une zone déterminée doit être comprise comme un processus progressif et permanent dans lequel tous les individus en position d’autorité (père de famille, enseignant, policier, directeur de service, employeur…) font preuve non seulement de la volonté de promouvoir ces pratiques mais surtout sont convaincus des bienfaits de leur usage quotidien en vue de créer une communauté plus unie, plus heureuse, plus collaborative, plus productive et avec de meilleures chances de pouvoir prévenir et gérer toute tension ou conflit qui pourrait survenir au sein de celle-ci. L’utilisation régulière et extensive des pratiques réparatrices pourra être remarquée et mesurée facilement à court, moyen et long terme.


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